01 maart 2010

Les chants de Maldoror

Il s'enfuit! Il s'enfuit! Mais, une masse informe le poursuit avec acharnement, sur ses traces, au milieu de la poussière. Seul, un jeune homme, plongé dans la rêverie, au milieu de ces personnages de pierre, paraît ressentir de la pitié pour le malheur.
En faveur de l'enfant, qui croit pouvoir l'atteindre, avec ses petites jambes endolories, il n'ose pas élever la voix; car les autres hommes lui jettent des regards de mépris et d'autorité, et il sait qu'il ne peut rien faire contre tous. Le coude appuyé sur ses genoux et la tête entre ses mains, il se demande, stupéfait, si c'est là vraiment ce qu'on appelle la charité humaine. Il reconnaît alors que ce n'est qu'un vain mot, qu'on ne trouve plus même dans le dictionnaire de la poésie, et avoue avec franchise son erreur.
Il se dit: "En effet, pourquoi s'intéresser à un petit enfant? Laissons-le de côté."
Cependant, une larme brûlante a roulé sur la joue de cet adolescent, qui vient de blasphémer. Il passe péniblement la main sur son front, comme pour en écarter un nuage donc l'opacité obscurcit son intélligence.
(...)
L'adolescent se lève, dans un mouvement d'indignation, et veut se retirer, pour ne pas participer, même involontairement, à une mauvaise action. Je lui fais un signe, et il se remet à mon côté.
Il s'enfuit! Il s'enfuit! Mais, une masse informe le poursuit avec acharnement, sur ses traces, au milieu de la poussière.
(...)
Race stupide et idiote! Tu te repentiras de te conduire ainsi! C'est moi qui te le dis. Tu t'en repentiras, va! tu t'en repentiras. Ma poésie ne consistera qu'à attaquer, par tous les moyens, l'homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n'aurait pas dû engendrer une pareille vermine.

 

Bron: DUCASSE, I., (Comte de L'autréamont), Les Chants de Maldoror, 6 Pieds Sous Terre, Frontignan, 2006, p. 109

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